Des dérogations pour les néonicotinoïdes ?


©France Nature Environnement

Dans un article précédant on exposait l’actualité concernant l’interdiction de 3 néonicotinoïdes, ces pesticides « tueurs d’abeilles ». Alors même que la loi avait été votée pour que ces derniers ne soient plus utilisés sur toutes les cultures en plein air, une nouvelle actualité touche ce débat. C’est une des raisons pour lesquelles les apiculteurs ont manifesté ce jeudi 7 juin à Paris.

Des dérogations sont en effet demandées et pourraient être acceptées, afin de ne pas interdire complètement l’usage de ces pesticides en automne 2018 comme cela l’avait été prévu. En effet, la FNSEA, premier syndicat agricole français, avait dès le mois de mars, prévu de demander des dérogations afin que les néonicotinoïdes puissent être utilisés après l’automne 2018, date d’application de la loi d’interdiction. L’argument principal de cette demande est le temps pour les agriculteurs de réduire leur dépendance aux produits phytosanitaires. La France peut donc avoir recours à des autorisations provisoires de 120 jours, comme le permet  la réglementation européenne, et ce, jusqu’au 1er juillet 2020 comme le prévoit la loi pour la reconquête de la biodiversité.

Benjamin Sourice, spécialiste de la question du lobbying, affirme que « la France est championne d’Europe de la dérogation pour l’utilisation de produits qui ont été interdits au niveau européen » (B. Sourice, FranceTVinfo). Il constate aussi que les lobbys empêchent l’interdiction des néonicotinoïdes : « les grandes entreprises industrielles mettent en place la stratégie du doute, qui consiste à produire des contre-expertises soi-disant scientifiques afin de nier l’existence de tout problème avec leurs produits » (B. Sourice, FranceTVinfo). Pourtant de nombreuses études scientifiques prouvent la toxicité de ces pesticides. Pour ne citer que 2 exemple, en 2017, une étude allemande à démontrer que les populations d’insectes avaient baissé de 80% en 25 ans. Très récemment, une étude du Muséum d’Histoire Naturelle et le CNRS prouvait que les oiseaux disparaissaient de nos campagnes. Et l’ensemble de ces études montre que les néonicotinoïdes ont un rôle à jouer là-dedans.

C’est pourquoi France Nature Environnement (FNE), fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, rappelle dans une lettre adressée aux ministres de l’Agriculture et de l’Alimentation (S. Travert), au ministre de la Transition Ecologique et Solidaire (N. Hulot) et à la ministre des Solidarités et de la Santé (A. Buzyn) que sortir des néonicotinoïdes nécessite l’installation d’un autre système de culture. Ce dernier permettrait de limiter l’usage des pesticides « par un fonctionnement mieux relié à l’environnement naturel (…) qui nécessite souvent une multiplicité de méthodes (observation, rotations, prévention, etc) » (FNE). De plus, l’Anses (Agence Nationale de la Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale) le mentionne « une combinaison de plusieurs méthodes doit être envisagée dans le cadre d’une approche de lutte intégrée » (Anses). La FNE met enfin en avant le fait que les arguments en faveur des dérogations seraient liés à des freins économico-commerciaux et non pas à des impasses techniques, qui elles, peuvent être accompagnées et soutenues.

Sites utilisés pour la rédaction de cet article :

https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/insectes/deputes-et-senateurs-souhaitent-une-application-stricte-de-l-interdiction-des-neonicotinoides_122509

https://www.fne.asso.fr/communiques/interdiction-des-n%C3%A9onicotino%C3%AFdes-la-lettre-ouverte-des-associations